En tant qu'Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.
Chères lectrices et chers lecteurs,
En cette semaine de remise des prix littéraires, les associés de Kéa n’ont pas laissé la maison vide et ont passé la nuit, les news au cœur, à décrypter les kolkhozes suivants :
La valse à mille têtes
Le renouvellement des CEOs s’accélère en France, sous la pression d’actionnaires avides de transformations rapides et efficaces, et dans un contexte d’incertitude croissante. Alors, petit cours de danse pour éviter le pire.
Avec 4 remplacements cette année au sein du CAC 40 (contre 2 l’année dernière) et 9 au sein du SBF 120 (contre 7), les grandes entreprises s’engagent en effet dans une valse rythmée. Pour enrayer la frénésie du bal, les dirigeants sont invités à revoir leur manière de diriger en s’appuyant sur une gouvernance alliant légitimité, autorité et confiance. Ils doivent développer leurs « softs skills » : aisance dans l’inconfort, remise en question permanente, communication aux équipes.
De concert, Pascal Demurger, directeur général de la MAIF et co-président d’Impact France, les appelle à diriger autrement. Il assure qu’une plus grande transparence et confiance en entreprise peut renforcer la cohésion au sein de l’ensemble de la société.
Sauver sa tête et redonner espoir au pays : voilà un win-win qui devrait intéresser les dirigeants qui veulent mener la danse.
Dragon Gen Z
Les soulèvements récents des Gen Z à travers le monde révèlent une nouvelle approche, très générationnelle, de la révolte.
Du Maroc au Népal, de Madagascar au Pérou, du Sri Lanka au Bangladesh, des révolteshorizontales, menées par des jeunes nés entre 1997 et 2012, émergent sur les réseaux sociaux et s’expriment dans la rue. Elles dénoncent les inégalités, les violences, l’inaction climatique.
Comme le souligne la sociologue Charlotte Van de Velde, elles n'ont rien d'idéologique et sont structurellement concrètes, à l'image du slogan Pas de stades, des hôpitaux de Gen Z 212, l'indicatif téléphonique du Maroc. Et malgré de sévères répressions, ces mouvements ont déjà fait tomber quatre gouvernements.
On avait déjà goûté aux révoltes qui se propagent (révolutions de couleur, révolution du jasmin). On pratique le mouvement sans leaders (de manière moins efficace). On redécouvre les revendications purement pragmatiques (cf. l’élection de Zohran Mamdani cette semaine).
Ce qui est nouveau, c’est cette foule numérique qu’on pensait endormie par les réseaux mais qui s’en sert, de fait, pour se constituer en une forme d’internationale de la souffrance et démocratiser le monde. From Genzzz to Genrrrrr.
Travailler le négligé
Après l’économie de l’attention qui prospère en captant notre capital attentionnel, voicil’économie de l’inattention qui bénéficie de nos négligences.Françoise Benhamou et Maya Bacache-Beauvallet, économistes, font de ce non-comportement une indiscipline économique et en analysent les ressorts et conséquences sur les modèles d’entreprise.
Les économistes dessinent ainsi les quatre visages de la négligence : la négligence naturelle, légère et quotidienne ; la négligence rationnelle, choix assumé de priorisation ; la négligence coupable, arbitrage irresponsable ; et enfin la négligence créatrice, celle qui, par oubli ou lâcher-prise, ouvre la voie à l’inattendu − voire à l’invention.
Encore difficile à évaluer, la dimension de ce champ peut néanmoins être appréhendée via des exemples comme celui, controversé, d’Amazon : accusé d’avoir trompé des dizaines de millions de consommateurs pour les abonner à son programme d’avantages, le géant a accepté un accord à 2,5 milliards de dollars… On imagine l’ampleur des bénéfices réalisés. Une mobilisation positive de ces travaux pourrait à l’inverse consister à mieux apprivoiser l’inattention et à construire des modèles vertueux en matière de sécurité, d’assurance, d’égarement de bijoux…
En conclusionnnnnncksdcbnlzqrqe (sorry on a été distraits)
Wishful think tanking
Alors que la Chine produit son 15e plan quinquennal, la France s’écharpe tous les ans sur la reconduction de son budget et en oublie presque de penser à l’avenir. Le gratin des acteurs et penseurs de notre pays (Enrico Letta, Hervé Le Bras, Claudia Senik, Gaspard Koenig, Erik Orsenna et on en passe) cherche à corriger le tir et tente dans l’ouvrage France 2040, fragments d'avenir de nous redonner espoir.
À la faveur de l’IA et de l’informatique quantique, la santé aura basculé de la guérison à la prévention et au soin. La fin du gaspillage alimentaire, inspirée du Danemark et de sa loi Gadda, nourrira une population toujours plus nombreuse. En exploitant ses capacités nucléaires, adoptant une politique de surperformance d’innovation analogue à celle de la Corée du Sud, mobilisant l’épargne privée et bénéficiant d’une protection de l’UE sur les secteurs critiques, la France aura réussi sa réindustrialisation.
Politique, environnement, école, culture, retraites et même sexualité : tout y passe. Ça fait rêver… Reste à construire les moyens de cet optimisme pour dépasser l’incantation. Et passer des fractures françaises aux fragments d’espoir.
Savez-vous compter les coûts ?
Nous détruisons notre « capital planète » 1000 fois plus vite que nous produisons du capital économique…
C’est le constat formé par Jean-Marc Jancovici, qui fait ce calcul en formant une hypothèse a minima de la valeur économique de la terre à partir du coût par habitant de la station spatiale internationale (à regarder à partir de 18’30 : ça vaut le coup de s’accrocher). De quoi rendre fou tout auditeur qui se respecte.
À l’approche de la COP30, ce raisonnement en termes de « capital écologique » a l’avantage de rendre palpable ce qui se joue à travers trois dimensions. D’abord, la dynamique des flux positifs (ex. : rétablissement de la couche d’ozone) et négatifs (ex. : dégradation du climat) qui fait évoluer notre stock. Ensuite, les transferts entre générations : chaque fois que je prends l’avion, j’entame le capital de mes enfants ou petits-enfants. Enfin, les inégalités entre pays, à la fois sur le capital initial ou actuel et sur les mouvements de ces derniers.
On a tenté la morale, la désirabilité, la rationalité, sans grand succès. Cette approche pourrait peut-être permettre de rallier les pères de famille et leur bonne gestion légendaire. Audit téléphone maison.
Kéa organise depuis 4 ans une série de webinaires en écho aux grands enjeux débattus à la COP. Pour découvrir le programme et s’inscrire, c’est ici.
Les associés de Kéa
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