Notre décryptage inédit des grands sujets économiques & sociétaux
Chères lectrices et chers lecteurs, En cette semaine de la journée internationale des droits des femmes, les associés de Kéa défendent celui des inflUenceuses à liRe notre bulletin d’où qu’elleS Soient et leur déclArent les Faits suivants :
Brevet décollage
Les entreprises françaises investissent dans l’avenir : elles passent leur brevet avec succès. Après la productivité, ce sont les dépôts de brevets qui repassent la barre pré-Covid. Sommes-nous devenus des élèves modèles ? Revue en règle du carnet de notes.
A : en 2025, l’INPI enregistre une hausse annuelle des demandes de dépôt de brevet de 8,7 % (à 16 807 demandes). Si la mobilité, le numérique ainsi que la santé et l’énergie sont sur le podium, la dynamique est portée par la Défense et, plus largement, la recherche d’efficacité environnementale. À noter également, une certaine idée de notre souveraineté technologique : 60 % des brevets actifs en France sont détenus par des acteurs français.
A+ : les PME montent en puissance. Un effet des efforts de l’INPI, mais surtout la preuve que la R&D vit au-delà des grands groupes : des filières entières se mettent à innover.
B- : la place des femmes. Toujours très minoritaire (16,7 % des déposants de brevet) et dont la progression trop lente se heurte aux obstacles sociaux, institutionnels et économiques.
Depuis 1962, la démocratie française aurait connu trois états successifs. D’abord, l’étatsolide des Trente Glorieuses, structuré par un système droite-gauche immuable. Ensuite, l’état liquide des débordements, reconfigurations et brouillages des années 90. Enfin, depuis 2017, l’état gazeux : informe (fin des clivages traditionnels), instable (votes changeants, gouvernements sans cesse renouvelés) et inflammable (cf. l’affaire Quentin Deranque). Elle court désormais le risque, à la veille d’une victoire plausible du RN, d’un passage à l’état de plasma : celui du changement de nature.
Quelle leçon tirer de cette heureuse métaphore chimique ? Gilles Finchelstein envisage un retour encore possible à l’état liquide (solide, c’est dead) comme l’Espagne ou le Royaume-Uni, et évoque un certain nombre de leviers aptes à refroidir les gaz. Selon lui, le rapport des jeunes à la démocratie est décisif. Eux, qui n’ont connu qu’une succession de crises, sont plus poreux aux alternatives politiques et espèrent un renouveau. Il faudra surveiller leur engagement aux élections municipales.
L’âge moyen des maires est de 64 ans… ça risque de faire pschitt !
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Indopendance
La montée en puissance numérique de l’Inde est-elle la success story dont elle aime à se vanter ?
Courtisée comme LA future bestie commerciale de l’Europe, pays d’accueil cette année du Sommet Mondial sur l’IA, l’Inde a fait de l’excellence technologique un marqueur de son développement et de son succès. Mais, pour Dwaipayan Banerjee, chercheur au MIT, cette ambition se heurte au mur de sa dépendance à l’étranger (investissements et grandes entreprises).
En effet, le pays a largement investi dans le secteur stratégique de l’informatique depuis des décennies et produit aujourd’hui d’excellents ingénieurs et experts techniques en appui d’une offre de services forte. Il n’a toutefois pas su investir dans la R&D et les technologies critiques qui permettent de concevoir les infrastructures clés (logiciels, modèles d’IA fondamentaux, plateformes ou propriété intellectuelle…). Résultat : un modèle qui repose largement sur des entreprises mondiales, et notamment celles de la Silicon Valley.
Un paradoxe, alors que l’Inde a poursuivi cette politique après la décolonisation afin d’éviter toute nouvelle dépendance et atteindre une « souveraineté technologique ».
Tout ça pour devenir un colosse aux puces d’argile.
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E-dipe
Si nous avons le sentiment d’un monde en crise permanente, c’est (en partie) à cause des réseaux sociaux.
Selon les chercheurs Djamchid Assadi et Mary-Lieta Clément, notre écosystème numérique, en multipliant les points de vue, les prises de parole et les controverses, nous enferme dans des récits de crises qui ne finissent jamais. Contrairement à l’époque prénumérique, où elles s’achevaient de façon « institutionnelle » avec l’exposition d’une vérité incontestée, les crises s’étirent désormais en longueur et nous empêchent de passer à autre chose.
Exemple type : l’épisode du Covid-19, clôturé en mai 2023 sur le plan médical lorsque l’état d’urgence mondial est levé, mais prolongé dans le débat public et objet d’une polarisation constante. Au point que le nom de Didier Raoult ressort parfois encore lors des repas de famille, et que Kennedy, 17e du nom, remet régulièrement une pièce dans la machine.
Nous sommes ainsi confrontés à des (psycho) drames sans fin, ou, comme le disent les auteurs eux-mêmes, des tragédies grecques : catharsis impossible, crise qui se transmet de génération en génération, réseaux sociaux en guise de chœurs qui commentent l’histoire.
Bien que le silence absolu soit une illusion, l’anthropophonie (sons générés par les humains) s’est imposée comme un « effet secondaire » du progrès technique.
Au Moyen Âge, la cloche du village représentait presque l'unique bruit de ce type. Le silence n’avait pas de prix : il nous entourait. Aujourd’hui, avec les travaux, métros, « vagos », il est, quand on y pense, quasi inexistant. Les pouvoirs publics en font d’ailleurs un enjeu sanitaire, mais prennent des mesures réactives plutôt que préventives : normes de décibels et palissades anti-bruit par exemple.
C’est paradoxalement le secteur privé qui s’en empare le mieux. Car, face à ses propres dérives, le capitalisme trouve (toujours ?) des solutions : retraites méditatives, hôtels « au calme », applications de « bruits blancs » ou voyage dans une nature préservée à cette fin.
Si la parole est d’argent, le silence se paye à prix d’or.
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En tant qu’Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.
N°168 du 06.03.2026 :
Rédactrice en chef : Chloé Secnazi Rédacteurs : Jean Gaboriau, Pierre Girard, Mathieu Noguès, Wendy Röltgen, Romain Thievenaz Secrétaires de rédaction : Irène Miquel Ont collaboré à ce numéro :Yoram Bosc-Haddad, Sophie Combes, Oualid Essaid, Marie Guilbart, Carine Lesigne, Hugues Ménard, Yves Pizay, Paul Puechbroussou, Jérémie Viel Directrice de la diffusion :Iliana Ohleyer
Kéa, 1er cabinet de conseil français en stratégie et transformation, entreprise à mission depuis 2020