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#161

Semaine du 16 janvier

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Bulletin de L’économie souhaitable

En tant qu'Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.  

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Mr_saute

Chères lectrices et chers lecteurs,
En cette semaine de remise de prix Nobel impromptue, les associés de Kéa se contentent de la fève et couronnent les faits suivants : 

Pimp my PIB

US vs UE épisode 42 : pour le Prix Nobel – d’économie – Paul Krugman, la croissance serait surestimée aux États-Unis et, à l’inverse, sous-estimée en Europe. La faute aux gains de productivité dans la tech qui font du PIB un indicateur fragile et trompeur pour cet exercice de comparaison.
 
L’indicateur serait fragile, d’abord, parce que la production dans le secteur de la tech, qui constitue l’essentiel de la croissance états-unienne, est de plus en plus difficile à mesurer. À l’inverse, la productivité dans l’industrie, importante pour la croissance européenne, serait sous-évaluée. L’indicateur est trompeur, aussi, par l’hétérogénéité qu’il masque : les seuls bénéficiaires de sa croissance sont les happy few de la Silicon Valley. L’économiste indique en effet que l’écart de productivité entre la Californie et le reste des États-Unis est supérieur à celui entre États-Unis et UE.
 
Plutôt que la performance, il met en valeur la diversité de l’économie du Vieux Continent. Sans renoncer aux investissements dans la tech, l’Europe surclasse d’ailleurs les États-Unis et la Chine dans l’adoption de l’IA : selon Microsoft, le taux d’adoption est de 44 % en France ou encore de 42 % en Espagne pour seulement 28 % aux États-Unis et 16 % en Chine.

La question demeure : les indicateurs des économistes incluent-ils le Minitel ?

 
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Rats des bourgs

À rebours des dynamiques mondiales, la France se pare d’une nouvelle exception : nous sommes un pays rural… et allons le rester.
 
Pour en finir avec l’opposition binaire entre monde rural et monde urbain, l’ONU adopte une nouvelle méthode d’analyse. Redéfinissant les critères de l’urbanité, elle distingue trois niveaux de densité de population : les zones rurales, les bourgs et les villes.
 
Avec ce changement de méthode, le taux d’urbanisation en France en 2025 ne serait plus de 79 % mais de 62 %. La population française se répartit ainsi : 34 % dans les villes, 28 % dans les bourgs et 38 % dans les zones rurales – une majorité relative. Pour comparaison : au niveau mondial, la part de la population qui habite en zone rurale n’est que de 19 %.
 
L’exception rurale française se renforcerait au fil du siècle. Alors que le monde poursuit sa trajectoire de mégapolisation à horizon 2050, Paris est partie pour passer de la 23e à la 44e ville mondiale. Et la France semble définitivement opter pour une répartition homogène sur son territoire : 36 % en zone rurale, 29 % dans les bourgs, 35 % dans les villes.

L'amour est dans le bourg.

 
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Mr_pense+ miroir

Chaud devant !

Faut-il incarner la catastrophe climatique pour la conjurer ?
 
Nathanaël Wallenhorst, spécialiste des sciences de l’environnement, décrit les conséquences très concrètes du changement climatique dans son ouvrage 2049, ce que le climat va faire à l’Europe. Comme beaucoup de chercheurs, il estime que la limitation de l’augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5°C est désormais hors de portée et que la trajectoire actuelle nous amène à au moins +2°C en 2050.
 
En se fondant sur cette hypothèse, il égrène les différents effets possibles de ce qu’il nomme la « chaleur mortelle » : pénuries d’eau douce menaçant jusqu’à 80 % de la population mondiale, déstabilisation de l’agriculture et de la santé publique, disparition d’espèces et de populations humaines entières… Il va jusqu’à en raconter les victimes de l’année passée, en France (un travailleur du BTP de 35 ans à Besançon) ou au Pakistan (un instituteur dans sa classe).
 
Certains soulignent le risque de paralysie que constitue un tel exercice qui omet les facteurs physiques ou comportementaux, leviers qui permettraient de redresser la barre.

Catastrophisme éclairé OK, mais optimisme de combat de rigueur !

 
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Pax Silica

L’intégration du Qatar et des Émirats arabes unis dans la Pax Silica marque une étape dans la construction par Donald Trump d’une entente économique au Moyen-Orient.
 
Pax Siliquoi ? Pilotée par les États-Unis, cette « coalition de capacités » a pour objectif affiché de gagner la course aux puces et à l’IA contre la Chine en transformant en silicium les sables du désert. Le partenariat, qui comprend déjà Israël, le Japon, la Corée du Sud, Singapour, l’Australie et le Royaume-Uni, s’étoffe. Outre cet or fin, le Golfe apporte beaucoup d’argent, fournit de l’énergie et occupe une position géographique cruciale sur la contre-route de la soie méridionale bâtie par les États-Unis, de l’Australie à l’Europe.
 
Cette initiative est au cœur de la Pax Americana voulue par le président états-unien au Proche-Orient : une doctrine prônant la sécurité et la stabilité par le développement avant les armes. En témoigne la récente tournée de Trump dans la région et sa promesse de 3 500 milliards de dollars d’investissements.

Donald en marchand de sable, il ne faudrait pas se perdre dans des rêves.

 
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Me_medite

Cygnal fort

En 2026, un événement improbable – mais parfaitement plausible  –  pourrait survenir et bouleverser la vie états-unienne. Certes, mais lequel ?
 
Politico renoue cette semaine avec un exercice assez réussi les années précédentes : imaginer pour l’année à venir une liste de black swans. Ce concept, popularisé par Nassim Nicholas Taleb, désigne un événement rare, imprévisible et à fort impact. Exemples topiques : le 11 septembre 2001, la crise financière de 2008, l’émergence rapide d’Internet.
 
Futuristes, scientifiques, économistes, anciens ambassadeurs et autres scénaristes de séries à succès, le large panel sollicité aboutit à 15 scénarios choc. Et s’ils ne nous étonnent plus, ils constituent un beau plaidoyer pour la résilience. Notons par exemple un attentat contre un candidat avant les midterms aux États-Unis qui plonge les élections dans le chaos, la désinformation et la militarisation. Ou encore les Patriotic Innovation Zones, villes-entreprises vampirisées par des géants de la tech qui automatisent, captent avantages fiscaux, données et terres et enfin déménagent, laissant derrière eux des territoires exsangues.
 
Un point commun aux 15 scénarios ? Oui, et non des moindres : une interaction explosive entre technologie, climat, économie, institutions fragilisées et polarisation politique.

Elle en dit quoi IrmaGPT ?

 
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N°161 du 16.01.2026

Rédacteurs en chef : Sophie Combes, Mathieu Noguès, Chloé Secnazi
Rédacteurs : Yoram Bosc-Haddad, Pierre Girard, Hugues Ménard
Secrétaires de rédaction :  Irène Miquel, Wendy Röltgen
Ont collaboré à ce numéro : Oualid Essaid, Jean Gaboriau, Marie Guilbart, Carine Lesigne, Yves Pizay, Paul Puechbroussou, Romain Thievenaz, Jérémie Viel
Directrice de la diffusion : Iliana Ohleyer

Kéa
Kéa,  3 rue Danton,  France  92240,  France,  Malakoff