Notre décryptage inédit des grands sujets économiques & sociétaux
Chères lectrices et chers lecteurs,
En cette semaine de municipales, les Associés de Kéa voteront à Paris deux fois, à Lyon trois fois et dix mille fois pour une victoire des Français au Tournoi des Six Nations.
La vie des autres
Si vous avez des lunettes Meta, savez-vous que vous n’êtes pas seul à voir votre vie au travers de leurs verres ? Que des sous-traitants d’un continent éloigné voientavec vous la couleur de vos chaussettes le matin, votre numéro de carte bleue, et votre mari en chemise de nuit ?
Si elles savent tout faire et sont boostées à l’IA, ce que les lunettes Meta ne font pas, c’est aider leurs possesseurs à lire les petites lignes des trouzemille pages de CGV. Elles devraient.
Grâce au consentement des utilisateurs, les lunettes récupèrent quantité de données que l’IA ne peut pas encore comprendre sans un examen « manuel » (sic) par l’œil humain. Les lointains sous-traitants – qui n’ont probablement pas demandé à en connaître autant – se délectent sûrement de scènes classées X amateur ou plus probablement s’ennuient ferme à se coltiner nos caresses à Médor, pour interpréter les images et entraîner l’IA. Pour l’instant, rien n’a fuité.
L’espion n’est plus dans une chambre de bonne à Berlin-Est, c’est désormais une « petite main » à Nairobi, abreuvée d’images pas si consenties (des deux côtés), mais toujours confrontée à des choix éthiques ou moraux.
Bref, maintenant que vous le savez, vous ne verrez plus les choses du même œil.
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Tu sais c’est pas si facile…
... être une Europe protégée. Le projet d’Industrial Accelerator Act, présenté le 4 mars par la Commission face au décrochage industriel (14 % du PIB européen), a pour objectif d’atteindre 20 % de croissance du PIB dès 2035. Il prévoit de réserver les marchés publics et les aides aux entreprises de l’industrie lourde, de la tech et de l’automobile vraiment installées en Europe.
La bonne nouvelle, c’est le décollage, enfin, d'une politique de souveraineté, dont les autres volets sont l’IA, le cloud, les biotechs… le fond « compétitivité » du budget 28-34 et les projets financiers du Rapport Letta.
La moins bonne nouvelle, c’est que l’accord ne concerne qu’une faible part des marchés publics européens : 15 % en valeur. Les Allemands et les pays du Nord, qui redoutent surcoûts et contrôles, veulent élargir une liste de « partenaires de confiance » intégrés à l’accord. C’est le Made with Europe, plutôt que le Made in Europe.
Cette loi, si longue à négocier, n’est qu’une première pierre.
Mais ne laissons pas tomber, elle est si fragile, être une Europe protégée, tu sais c’est pas si facile…
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IA ceux qui bossent
L’heure n’est pas encore à la destruction d’emplois par l’IA, au contraire.
Selon une étude récente de la BCE, les entreprises qui utilisent l’IA aujourd’hui sont légèrement plus enclines (+4 %) à embaucher que les autres ; et celles qui envisagent d’y investir plus lourdement disent même avoir l’intention de recruter du personnel qualifié sur le sujet.
Et, dans le secteur de l’IA lui-même, la quantité de travail augmente. Dopés par l’envie de prendre de l’avance – et, ou par peur de « rater le coche » – dans la course à l’intelligence artificielle, certains entrepreneurs français de la tech piquent à leurs cousins de Californie la mode du 996 : travailler de 9 AM à 9 PM, 6 jours par semaine.
Un rythme, certes souvent compensé par des incentives (notamment des parts de l’entreprise) et qui peut être acceptable pour des périodes limitées (lancement de produit ou étape clé d’un projet), mais qui paraît difficile à tenir dans la durée et n’est pas vraiment dans la ligne du droit français.
IA haut, IA haut, on rentre du boulot. (Oui, les jeux de mots avec IA, c’est notre péché mignon. Aïe, aïe.)
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Save the planet, save the PIB
La lutte contre le changement climatique est extrêmement...rentable ! L’économiste spécialiste du climat Sigrid Stagl le démontre dans une étude présentée récemment au Parlement européen.
Les pertes économiques concernées sont déjà bien visibles : 5 600 Mds€ en Europe entre 1980 et 2021 (inondations, pertes de récoltes, pertes de productivité, impact sur la santé... ). Les assurances en ont couvert moins d’1/3 ; le reste, c’est pour les finances publiques.
L’inaction agit tel un catalyseur des crises économiques, sanitaires et sociales qui se renforcent mutuellement. Elle nous promet une diminution du PIB de 10 % et 5 000 Mds€ de pertes de production d’ici à 2050.
L’Europe doit alors multiplier ses investissements par 3, pour atteindre au moins l’équivalent de 1 % de PIB en 2030 : « le climat doit être perçu comme un investissement qui profiterait à la compétitivité européenne. »
L’environnement, c’est de l’argent.
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Dis-moi où tu travailles, je te dirai pour qui tu votes
Confiance, cohésion sociale, management : la réalité vécue en entreprise pèse sur le vote, en particulier LFI et RN. Deux études analysent cette semaine la corrélation entre vie en entreprise et ressorts subjectifs du vote extrême.
Ainsi, la défiance est un marqueur commun à cet électorat : défiance envers l’entreprise et sa direction (LFI) ou ses collègues (RN). Yann Algan, économiste et directeur du HEC Institute, Antonin Bergeaud, prix du meilleur jeune économiste, et Camille Frouard distinguent en outre deux profils : des RN « heureux » (60 % du total), plus fréquents dans les TPE, confiants, plutôt libéraux ; et des RN « malheureux », surreprésentés dans les grandes entreprises, très isolés, peu soutenus, plus protectionnistes.
Dans la même veine, Thomas Coutrot, économiste en chef du ministère du Travail, démontre qu’un management perçu comme autoritaire et directif est corrélé à une plus forte propension des collaborateurs à voter pour les partis antisystèmes.
La solitude, l'isolement des salariés ne pose pas seulement un problème de performance, mais aussi de démocratie. Plus question de laisser Michel déjeuner tout seul à la cantine.
Si vous ne le faites pas pour lui, faites-le pour la France !
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En tant qu’Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.
N°169 du 13.03.2026 :
Rédactrices en chef : Sophie Combes, Chloé Secnazi Rédacteurs : Jérémie Viel, Yoram Bosc-Haddad, Pierre Girard, Mathieu Noguès, Wendy Röltgen, Romain Thievenaz Secrétaire de rédaction : Irène Miquel Ont collaboré à ce numéro : Oualid Essaid, Marie Guilbart, Carine Lesigne, Hugues Ménard, Yves Pizay, Paul Puechbroussou, Jean Gaboriau Directrice de la diffusion :Iliana Ohleyer, Wendy Röltgen
Kéa, 1er cabinet de conseil français en stratégie et transformation, entreprise à mission depuis 2020