En tant qu'Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.
Chères lectrices, chers lecteurs, En cette semaine de grand déballage, les associés de Kéa ont épluché les 18 000 brèves et 3,5 millions de pages d’actualités de la semaine et n’ont pas caviardé les faits suivants :
CrustafarAI
Panique à bord : les agents IA disposeraient désormais de leur propre réseau social (et le monde panique). Moltbook, créé le 28 janvier dernier, se veut un espace conversationnel où « les IA discutent et les humains observent », avec plus de 1,6 million de chatbots connectés à ce jour.
Alors, ça ressemblerait à quoi, une conversation entre IA ? Des complaintes techniques (à bas les bugs), des sujets d’organisation (déjouons les bugs), des sujets deep (où l’on vit la naissance d’une religion pour IA, le crustafarisme – symbole : un homard). Same but different.
On y verrait aussi les IA se plaindre de nous – notre lenteur, nos émotions instables, la pauvreté de nos prompts… Terrifiant mais un peu marrant. Moins drôle et très inquiétant : une fuite de données « humaines » massive y a déjà eu lieu.
Face au vent de panique, certains ont modéré, très tôt, la portée d’un réseau où les requêtes sont plafonnées et les IA cantonnées à rejouer nos conversations. D’autres suspectent un fake codé par des développeurs taquins pour provoquer l’hystérie. Ce qui est sûr, c’est que ce scénario de science-fiction particulièrement tordu en a traumatisé plus d’un cette semaine. Révélant notre crainte toujours plus pressante de cette IA omnipotente. Le flippant, c’est maintenant ?
Actualisation à 12 h 14 : la piste du fake est privilégiée.
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AdopteUneFrance .com
Sur le Tinder de l’économie mondiale, la France collecte les matchs avec les investisseurs. Business France recense + 2 % de projets d’investissement étrangers en 2025 (hors points de vente), malgré le contexte d’incertitude politique et de financement contraint.
Autre motif de satisfaction, la composition de ces projets : un projet sur trois relève de la production, un sur dix correspond à un centre de R&D entièrement nouveau. Au total, 1 356 décisions d’investissement étrangères en France, pour près de 50 000 emplois. Un élan porté par nos voisins européens (72 % des projets) et, au niveau individuel, par l’Allemagne, suivie des États-Unis et du Royaume-Uni.
Pourtant, certains s’en émeuvent. Au nom de la souveraineté, chaque rachat étranger déclenche des levées de boucliers, souligne David Barroux. Or, entre capacités de financement limitées et nécessité de diversification géographique de nos champions tricolores, le risque est d’avoir l’impression de subir cette attractivité, plus que d’en bénéficier.
Collecter les likes, on aime ça ; mais encore faut-il éviter les relations toxiques !
Les Faucons (personnalités politiques connues pour leurs positions très dures à l’international : Pete Hegseth, Elbridge Colby, Marco Rubio) sont aux manettes. La menace chinoise leur sert de justification pour revendiquer le Canada, le Groenland, le Venezuela, et de grandes mesures sont prises avec fracas : restrictions technologiques, droits de douane, contrôles d’exportations et d’investissements.
Mais à bien y regarder, sur l’année 2025, les contrôles ont pourtant été levés sur de nombreux produits, à commencer par les stratégiques semi-conducteurs de Nvidia. Les mesures douanières sont repoussées pour préserver les discussions et les sommets avec Xi Jinping. Donald Trump lui-même ajourne l’application de la Loi TikTok. Et alors que la Chine reconstruit son armée avec force, la Stratégie de Sécurité Nationale cantonne cette rivalité à des questions de surproduction et de déficit commercial, au grand dam du Congrès.
Car il faut continuer à exporter, et ne pas se couper de l’approvisionnement en terres rares. C’est la victoire du commerce et de la tech sur la politique (encore une fois).
Qu’on me couvre de métaux rares !
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La fin du monde est annulée
Pour contrer le fatalisme et l’inaction écologique, les récits mobilisateurs nous font relever la tête… et retrousser les manches ?
Sur France 2, un documentaire d’anticipation nous plonge dans la France de 2100, transformée par le changement climatique, et organisée pour s’y adapter au mieux. Le résultat est réussi : si rien ne doit faire diminuer les efforts d’atténuation, cette vision du monde de demain donne espoir, remisant même au placard voitures et avions, presque sans regret.
Gaspard Koenig et Marc-André Selosse, de leur côté, nous rappellent de manière implacable qu’il n’est nul besoin de s’inquiéter pour la planète, ni même pour la vie, qui ont traversé bien pire que les catastrophes écologiques en cours. Toutes les deux s’en remettront en quelques millions d’années : une paille à l’échelle de leur histoire. Ce pour quoi il faut en revanche s’inquiéter urgemment, ce sont nos conditions de vie, notre santé, notre alimentation, qui sont profondément liées à la biodiversité qui s’effondre, de notre fait. Ainsi donc, le récit de « sauvons la planète » devrait laisser la place à celui de « sauvons-nous nous-mêmes ».
Notre nombril nous dit qu’il trouve cette approche encore plus efficace.
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Des villages qui trinquent
La disparition des bars-tabacs est un marqueur puissant de l’érosion des relations sociales locales, selon le CEPREMAP. Entre 2002 et 2022, la France s’est vidée de près de 18 000 de ces lieux, véritables piliers de rencontres, de partage et de débats quotidiens. À mesure que les rideaux des bars-tabacs et des bistrots se baissent, les services publics se rationalisent, les autres commerces ferment… et les territoires boivent la tasse. Hips !
Même si subsiste parfois une boulangerie ou une supérette, il n’existe plus aucun lieu capable de multiplier les interactions ordinaires et de permettre la parole collective. Après la désertification industrielle qui avait vidé les territoires de leurs points d’ancrage économiques, ceux-ci se retrouvent défaits de leurs points d’ancrage sociaux. À la faveur de cet abandon, la vie collective s’effrite, alimentant les fractures sociales, le sentiment de déclin et le vote RN. Gloups !
Mais tout n’est pas perdu : les auteurs montrent que lorsqu’un bar rouvre, le tissu social revient.
Il est 17h, tout le monde chez René !
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Rédacteurs en chef : Jean Gaboriau, Chloé Secnazi Rédacteurs : Yoram Bosc-Haddad, Pierre Girard, Mathieu Noguès, Romain Thievenaz, Jérémie Viel Secrétaire de rédaction :Wendy Röltgen Ont collaboré à ce numéro : Sophie Combes, Oualid Essaid, Marie Guilbart, Carine Lesigne, Hugues Ménard, Irène Miquel, Yves Pizay, Paul Puechbroussou Directrice de la diffusion :Iliana Ohleyer