Puissance, Patience, Défense - Bulletin du 27 février ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­    ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏  ͏ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­ ­  
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#167

Semaine du 27 février

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Bulletin de L'économie souhaitable

En tant qu'Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.

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Mr_victoire

Chères lectrices, chers lecteurs, 
En cette semaine de vacances d’hiver, les associés de Kéa chantent « Quand te reverrai-je pays merveilleux ? » sur les télésièges… et sur un malentendu, vous décryptent les faits suivants.

Les Bro-lusionnistes

Et si le véritable risque de l’IA n’était pas celui qu’on croyait, ou plutôt qu’on voudrait nous faire croire ? Pour Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, le risque majeur de l’IA est avant tout politique.

Les scénarios de science-fiction brandis par les « Tech Bro » (Open AI et Anthropic en tête) − où des agents IA deviennent des armes incontrôlables et autonomes qui déciment l’humanité − servent en réalité d’écran de fumée pour masquer l’influence grandissante de leurs entreprises sur ce que l’on pense, ce que l’on vote. Il dénonce l’émergence d’un oligopole de l’information capable d’orienter la pensée humaine et d’affecter notre santé mentale. On sait par exemple que des essaims d’agents IA pourront se coordonner pour faire basculer des réseaux sociaux, manipuler des élections, etc.

Pour Yann Le Cun, chercheur en intelligence artificielle, agiter ces peurs d’apocalypse et consentir à une forme de régulation (pas vraiment dans la nature des « Tech Bro ») sert un deuxième objectif : renforcer les barrières à l’entrée et ainsi, fermer le marché aux plus petits acteurs et à l’open source.

Face à ce double jeu, restons concentrés sur notre objectif : créer des machines qui pensent… mais qui ne nous disent pas quoi penser. Sans tour de passe-passe.

 
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Letta de l’Europe

La souveraineté et la puissance européenne dépendent de l’achèvement du Marché commun. Depuis l’Acte unique de 1992, on le croyait réalisé? Que nenni!

Pascal Lamy et Enrico Letta proposent d’aller plus loin avec le « One Market Act » un an et demi après les rapports Draghi et Letta de l’automne 2024. Pour achever et démultiplier la puissance économique de l’Europe, ils préconisent une intégration dans 3 secteurs clés : la finance, l’énergie et la connectivité… en privilégiant la première, condition des deux autres.

En effet, une véritable union de l’épargne privée (car les finances publiques sont sous contraintes) et de l’investissement permettrait d’investir massivement dans la transition énergétique et la politique industrielle européennes, de faire émerger des champions, etc. Selon eux, la création de la libre circulation des connaissances, recherches et données doit accélérer l’innovation. Ils proposent aussi la création d’un cadre juridique permettant aux entreprises de se développer à l’échelle européenne sans se réinventer à chaque frontière. Que des bonnes idées, non ? En plus, on pourrait faire tout cela sans toucher aux traités.

Ah là là, si France savait et si Europe pouvait...

 
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En attendant McDo

En cette période d’élections municipales, ne rêveriez-vous pas de villes désembouteillées et plus calmes ? Une solution : la patience. Carlo Ratti, directeur du Senseable City Lab au MIT, défend cette option sur le cas très concret des livraisons.

En effet, selon une étude menée aux Émirats arabes unis qui a analysé plus de 8 millions de commandes alimentaires, des livraisons plus lentes de 5 minutes entraîneraient une baisse du trafic de 30 %, diminuant les conflits d’usage. La mutualisation des déplacements favorisée par la densité de nos villes permettrait de les rendre rapides et efficaces, et d’apaiser ainsi la voie publique.

Mais avec notre envie insatiable d’instantané, c’est plutôt le chaos qui va pointer son nez. Car le trafic lié aux livraisons pourrait augmenter de 61 % d’ici 2030, chaque clic créant son propre trajet dans une course contre la montre inarrêtable. Acceptons donc, malgré la faim qui taraude, d’attendre 5 minutes de plus notre Uber Eats.

Patience devrait être Maire de toutes les vertus.

 
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Protège-moi si tu peux

Que faire face au sentiment de submersion économique chinoise ? Deux types de réponses se dessinent : défensives et offensives. Mais rien d’évident.

Les réponses défensives d’abord. On y retrouve les trois leviers classiques du protectionnisme : droits de douane (cf. la proposition de 30 % de droits sur les importations chinoises), quotas (fixer des quantités) et normes (restreindre l’accès). Jean-Luc Demarty propose par exemple d’imposer plus fréquemment des taxes « anti-triches » sur les produits importés lorsqu’ils sont vendus à des prix anormalement bas ou soutenus par des subventions, ou encore de fermer autant que possible l'accès aux marchés publics pour les acteurs extra-européens.

Ces mesures comportent des risques (désormais bien connus des États-Unis !) : une augmentation des prix qui nuit aux entreprises et aux ménages, la fin de l’accès à certains produits stratégiques dont les Chinois ont le quasi-monopole, et surtout, l’amorce de l’escalade d’une guerre commerciale avec la Chine.

Les réponses offensives visent, quant à elles, à reprendre l’initiative en revoyant notre système. Par exemple, une « coalition des volontaires » où un groupe de pays (UE en tête !) s’accorde sur un socle de règles communes (de compétitivité, environnementales, sociales), ou se concentre sur une politique industrielle ambitieuse par son innovation.

Court terme, long terme ; parade, riposte ; quand est la fin de l’envoi, qu’on touche ?

 
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Mr_Bolt-gauche

Europe, branche-toi

L’écologie est en train de reconfigurer les logiques de puissance, et dans cette perspective géopolitique, l’Europe aurait tout à gagner à devenir un « électro-État ».

D’après Emmanuel Guérin, vice-doyen de la nouvelle École du climat de Sciences Po, nous assistons à la fin de l’illusion verte et à la transition vers une écologie de réalisme, naviguant entre coopération internationale et rapports de force.

Sans bruit, l’écologie est devenue un levier fondamental de la puissance des nations. Crise climatique et transition énergétique sont venues s’ajouter aux leviers historiques de la puissance (accès aux ressources stratégiques, maîtrise des technologies, taille de l’économie, capacités industrielles et normatives... ).

L’Europe tirera alors son épingle du jeu en devenant un « électro-État », abandonnant sa dépendance structurelle et irréversible aux énergies fossiles, au profit d’une dépendance aux technologies décarbonées, stratégique et possiblement réversible à condition que les investissements soient à la hauteur de l’enjeu. Elle devra conditionner l’accès de la Chine au marché européen à de la coopération, être ferme face aux États-Unis et reconstituer la chaîne de valeur des minerais critiques avec des pays comme le Congo, le Chili ou encore l’Australie.

L’écologie géopolitique, plus efficace que le Viagra©.

 
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N°167 du 27.02.2026

Rédacteurs en chef : Sophie Combes, 
Rédacteurs : Pierre Girard, Mathieu Noguès, Jérémie Viel, Jean Gaboriau, Romain Thievenaz 
Secrétaire de rédaction : Irène Miquel
Ont collaboré à ce numéro : Yoram Bosc-Haddad, Oualid Essaid, Marie Guilbart, Carine Lesigne, Hugues Ménard,  Yves Pizay, Paul Puechbroussou, Romain Thievenaz
Directrices de la diffusion : Iliana Ohleyer, Wendy Röltgen

Kéa
Kéa,  3 rue Danton,  France  92240,  France,  Malakoff
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