Chat, Loup, Ours - Bulletin du 19 décembre
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Bulletin #159 de la semaine du 19 décembre

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En tant qu'Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.

En cette semaine de report du Mercosur et du budget, les associés de Kéa ne reportent rien et vous déposent au pied du sapin les faits suivants :

Eye of the tiger chaton

 

Face aux États-Unis, l’économie européenne est dans les cordes mais pas KO. Et ce match est aussi un combat des récits.

 

Les données mises en avant sont souvent en trompe-l’œil, comme le démontre, chiffres à l’appui, Gabriel Zucman (« l’homme à la Médaille Clark 2023 » avant d’être « l’homme de la taxe ») dans un échange direct-crochet-uppercut.

 

Direct : la richesse. Certes, en Europe, le PIB par habitant corrigé des prix représente 70 % de celui américain. On encaisse. Mais ce rapport reste stable depuis les années 1990 : la progression moyenne est de 1,5 % par an en Europe contre 1,6 % aux États-Unis sur cette durée.

 

Crochet : la productivité. Le PIB par heure travaillée atteint 81,8 $ aux États-Unis, 83 $ en Europe occidentale. Efficaces dans l’effort : nous travaillons moins d’heures, mais nous sommes plus performants à durée égale.

 

Uppercut : le mode de vie. L’économie ne se résume pas au PIB. Inégalités, espérance de vie, empreinte environnementale : sur ces indicateurs clés, l’Europe surpasse les États-Unis.

 

Fin du round, retour dans le coin bleu : le coach INSEE revoit à la hausse les prévisions de croissance française en 2025, tirée par l’investissement des entreprises.

 

ADRIEEEEEEEENNE !

 

Un p'tit loup pour l'Homme 

 

Production par l’IA vs génie créatif « à la mano », les réseaux ont tranché : Claude François a battu Claude d’Anthropic.  

 

La semaine où Disney et OpenAI signent un accord ravivant les craintes d’une annexion des métiers créatifs par l’IA, deux publicités de Noël ont créé l’émoi cette semaine.

 

Emoi négatif pour un spot publicitaire entièrement généré par l’intelligence artificielle et boycotté par les consommateurs. Emoi positif pour un conte de Noël miniature réalisé par l’équipe d’animation française Illogic Studios, qui a donné naissance à une nouvelle star planétaire : un loup français mal aimé.

 

Est-ce à dire que l’IA n’a finalement pas le talent escompté ? Pas forcément. Mais il se pourrait bien qu’en matière de production d’émotions, la technique ne fasse pas tout. Car ce court métrage lupin nous rappelle, outre l’excellence de la filière Animation à la française, que nous sommes et restons avant tout des animaux sociaux. Piégés dans notre isolement numérique, n’aspirons-nous pas tous à être ce loup, désireux de lien humain et festif ?

 

Alors que les publicités IA nous promettent le bonheur à coups de soda ou de hamburger, ce loup mal aimé décide de se prendre en main. Avec succès. 

 

Pour 2026, c’est décidé, #jesuisloup ! 

Siberious Game 

 

Faire de la stratégie pour se préparer au pire, tel devrait être notre leitmotiv face à la Russie. 

 

La stratégie a été inventée par et pour les militaires. Stéphane Audrand, historien et spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles, en fait cette semaine la démonstration dense et éclatante. Convoquant des concepts désormais chers aux consultants - scénarisation prospective, préparation par wargame … - il passe en revue les différentes options de Vladimir Poutine pour affaiblir l’Europe et l’OTAN.

 

Pour l’historien, le président russe doit nécessairement viser une prise de guerre assez petite pour que l’OTAN, et par ricochet l’Union européenne, ne prennent le risque d’une riposte massive ; et suffisamment importante pour que la défaite et le déclin apparaissent manifestes.

 

Exit dès lors les cibles trop évidentes ou importantes : le corridor de Suwalki, qui relie la Pologne aux pays baltes, la ville frontière estonienne de Narva ou le Finnmark du septentrion norvégien. L’archipel du Svalbard ou Zilupe, zone russophone de Lettonie, semblent plus plausibles.

 

À la clé, des recommandations fortes : groupes de réassurance dans les pays baltes incluant systématiquement la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni mais aussi la Pologne ; renforcement de la préparation en Arctique ; protection des flux maritimes ; investissements dans des capacités militaires non américaines. Et surtout, se préparer à la guerre hybride (fake news, drones anonymes, false flag…). 

 

Cette fois-ci, on va éviter de jouer une guerre aux dés.

Retour vers le futur

 

À trop vouloir sacraliser un éden perdu, l’écologie a oublié de s’inscrire dans le temps – le sien et celui futur.

 

Voilà le fruit des analyses de plusieurs historiens de l’écologie – eh oui – face aux impasses actuelles de la transition. Selon eux, il faut sortir de la vision mystique d’un paradis perdu pour adopter une compréhension temporelle de l’écologie. C’est-à-dire ?

 

Protéger sans figer. La biodiversité n’est pas une vérité atemporelle mais une variété de formes de vie extrêmement dynamique : la science estime que 99 % des espèces ayant un jour existé ont disparu. L’indispensable nécessité de la protéger ne doit pas nous conduire à la considérer comme un musée. Or, cette approche constitue aujourd’hui le socle de nombreuses politiques environnementales occidentales. 

 

Autrement dit : passer des milieux aux millésimes. C’est-à-dire, d’une vision de l’écologie dans l’espace à une vision de l’écologie dans le temps. Les historiens pointent du doigt les restes de l’héritage protestant de la Terre promise des premiers colons états-uniens, tels les grands parcs nationaux de l’Ouest américain. Des lieux utopiques hors du temps et contraires à toute idée de progrès.

 

Pour rappel : « idée de progrès » est une anagramme de « degré d’espoir ».

 

Ho ho ho, nos traditionnels conseils livresques pour cadeaux tardifs et lectures au coin du feu 

 

Pour voir Paris sous plusieurs angles nouveaux : L’atlas inutile de Paris, de Vincent Périat. 100 cartes instructives, surprenantes, parfois loufoques (sens du vent, îles disparues, pêche à la ligne, bandes de jeunes…), une invitation originale, graphique et poétique à regarder Paris différemment. Et à s’interroger sur le concept d’inutilité ? Un must !

 

Pour avoir le meilleur de la rentrée littéraire et se dire que parfois, on revient vraiment de loin : Mon vrai nom est Elisabeth, d’Adèle Yon. Un roman autobiographique fascinant et glaçant sur la psychiatrie du XXe siècle, le poids des silences familiaux, et la violence inimaginable d’une époque où les femmes étaient niées. Le tout, écrit avec force et grâce.

 

Pour réviser l’article n°3 de cette newsletter, Les guerriers de l’hiver d’Olivier Norek. Un roman historique captivant sur ce conflit méconnu où la Finlande a conjugué détermination, manœuvres diplomatiques et décisions militaires pour résister à l’invasion de l’écrasante armée soviétique. Sortez les stabilos.

 

Pour comprendre des idées qui continuent de nous bousculer : French Theory. Itinéraires d’une pensée rebelle, de François Cusset et Thomas Daquin. Un essai graphique clair et inventif sur la pensée des « cinq fantastiques » – Derrida, Foucault, Deleuze, Guattari, Baudrillard – et sa diffusion américaine. Un album qui rend accessibles des concepts exigeants sans en affaiblir la portée.

 

Pour imaginer à quoi pourrait ressembler une société sobre, décentralisée et désirable… pensée en 1975 : Ecotopia, d’Ernest Callenbach. Le récit d’un journaliste envoyé dans une Californie ayant fait sécession pour ériger un nouveau modèle de société, dont l’écologie est le principe fondamental. Utopique sans être béat, bien écrit, étonnamment actuel.

 

Les associés de Kéa

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LIEN D'INSCRIPTION

N°159 du 19.12.2025

Rédacteurs en chef :

Sophie Combes, Chloé Secnazi, Mathieu Noguès

Rédacteurs : Yoram Bosc-Haddad, Romain Thievenaz, Jérémie Viel, 

Yves Pizay

Secrétaires de rédaction : Irène Miquel, Carine Lesigne

Ont collaboré à ce numéro :

Oualid Essaid, Marie Guilbart, Paul Puechbroussou, Pierre Girard, Jean Gaboriau

Directrice de la diffusion : Iliana Ohleyer, Wendy Röltgen

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Kéa, 3 rue Danton, Malakoff, France 92240

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