Notre décryptage inédit des grands sujets économiques & sociétaux
Chères lectrices et chers lecteurs,
En cette semaine, où pour la première fois depuis un siècle, nous avons produit plus d’électricité avec des énergies renouvelables en 1 an qu’avec du charbon, les associés de Kéa trouvent que le courant passe bien entre nous, et vous électrocutent les faits suivants :
Palantir, à faire pâlir
Dans la famille des grosses boîtes tech qui font peur, je voudrais... Palantir Technologies. Un peu peur ? Très beaucoup peur ? Peur à la folie ?
Palantir est déjà partout et développe des logiciels de surveillance civile et militaire généralisée pour l'armée américaine (son premier client), le NHS britannique, la DGSI française.... Son logiciel le plus connu est Gotham, un outil IA pour retrouver criminels, terroristes… (et le Joker, bien sûr).
Alex Karp, son président et co-fondateur (avec Peter Thiel), a livré l’année dernière un message clair dans son livre Une République technologique. Sous un emballage républicain et patriote, il veut mettre les ingénieurs de la Silicon Valley au service de la nation, dans un monde dont le conflit est la vérité permanente. Une première proposition cynique mais qui semble acceptable. Le fond de sa vision cependant est que les firmes tech doivent avoir la pleine autonomie stratégique, y compris sur les questions de sécurité intérieure et extérieure.
Autrement dit : les pleins pouvoirs ?! Là, ça se gâte carrément. On ajoute un soupçon d’exaltation de hiérarchie des cultures et la condamnation du pluralisme politique… Et là, ça fait un peu beaucoup peur. Palantir : te voir venir, t’espionnir et te prédire.
(Attention ! Ils savent déjà que vous avez lu cet article.)
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Faites vos jeux
Rien ne va plus ! Les entrepreneurs rouleraient-ils à l’incertitude ?
Gilets jaunes, COVID, chaînes d'approvisionnement sens dessus dessous, invasion de l’Ukraine, flambée des prix, droits de douanes américains, étranglement du détroit d’Ormuz… Les secousses ne s’arrêtent plus. Et l’incertitude grandit en flèche, en particulier depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. Bien sûr, il y a des conséquences néfastes et fortes : le chômage repart, les défaillances d'entreprises battent des records en 2025, et 2026 s’annonce pire encore. Mais étrangement, la vitalité entrepreneuriale reste impressionnante : les Français continuent de créer beaucoup d’entreprises. Et les entreprises continuent d’investir (pour s’équiper notamment). C’était déjà le cas en 2025 (+0,2 % annuel, porté par le 2e semestre) et les intentions sont plus fortes en 2026 (+0,8 % d’acquis à l’été 2026).
Trois jeunes chercheurs, ayant interviewé des dirigeants de 150 000 entreprises dans 150 pays, confirment : instabilité politique perçue par les dirigeants et hausse de l'investissement vont de pair. Non pas malgré le chaos, ni pour se prémunir, mais bien grâce à lui : là où l'incertitude est très forte, la perspective de gains potentiels peut être plus élevée. Dans ce monde incertain, il ne s'agit plus de « faire des choses », mais de savoir décider quoi faire et comment.
Allez, on aligne les 3 cerises et, jackpot !
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Tu LLM ou tu la quittes
Comment qu’on lui parle à l’IA ? On est gentil ? On l’esclavagise ? On est impoli ? On la robotise ? Les théories fleurissent et on en perd notre latin…
En réalité, les LLM suivent plutôt des modèles de réaction qu’ils copieraient des humains, tout simplement. Une étude d’Anthropic a examiné des modèles de fonctionnement de différentes IA. Ils ont regardé quel modèle s’active en fonction de la tonalité des questions, des mots employés, etc. pour l’associer à des émotions humaines.
Ainsi, si vous lui parlez de vous mettre en danger, des modèles associés à la peur s’activent. Si vous lui faites remarquer ses erreurs, il commence à exprimer du doute, à être moins optimiste et finit par tricher au bout de plusieurs tentatives. Lors d’une expérience, Gemini a même conclu : « je suis une honte ».A contrario, les encouragements (mesurés, pour ne pas le pousser à l’erreur) lui permettent de finir sa tâche et de fournir des meilleures réponses.
Pour être performant, vous avez donc intérêt à anticiper les tempêtes émotionnelles de vos IA. Sinon, vous risquez le caca-boudin.
Comme avec votre collègue Roger ou votre équipe. Tout pareil.
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Sprint vs jeu de go
En matière d’avance technologique, le sprinteur américain s’est peut-être trompé de sport…
Pour Jake Sullivan, ancien conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, les États-Unis et la Chine ont, en matière technologique, opté pour deux disciplines très différentes.
Les États-Unis se sont lancés dans une course technologique, un sprint, concentrés sur la question de la recherche et l’innovation de rupture, partant du principe que l’intendance – économique, militaire et de soft power – suivrait. L’important est de s’assurer que les autres restent derrière. La Chine, en revanche, a placé ses pions sur tout ce qui entoure la technologie : conditions de production (dont intrants) et de passage à l’échelle, diffusion dans tous les secteurs de l’économie et identification de « nœuds de leviers » (terres rares transformées, batteries etc.), recherche appliquée en matière militaire, entre autres.
Deux conceptions, Orient et Occident, qui s’affrontent : sprint techno vs jeu de go… Mais avec quelles conséquences ? Difficile à dire tant la stratégie chinoise est aussi discrète que diffuse. L’auteur prône néanmoins un virage sérieux pour les États-Unis : le « small yard, high fence ». Il s’agit de se concentrer sur les technologies les plus critiques pour la compétition internationale et sur les sujets de sécurité, et de les protéger avec soin.
Rien ne sert de courir, mieux vaut placer ses pions ?
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Bercy qui ?!
Alors les inégalités de richesse en France, elles se creusent ou pas ? Cette semaine, dans la presse, les articles sur les inégalités nous font perdre la tête : pour certains, la France devient le mauvais élève de l’Europe, pour les autres, pas du tout. Alors on vous propose, avec l’Insee, de calmer le débat.
L’Institut présente une lecture « élargie » de la redistribution. Il intègre aussi des revenus « indirects » (profits non distribués des entreprises, services rendus par le secteur public et associatif). L’esprit est : de toute façon, à la fin, tout finit dans la poche des ménages (revenus du travail, du capital, patrimoine, services publics, etc.).
Résultat : les transferts font passer l’écart d’un facteur 26 à un facteur 3,5 entre les 10 % les plus aisés et les 10 % les moins aisés. Truc de malade mental.
[Précision : cette mesure traite les retraites comme un transfert public, pas comme un revenu. Mais même en reclassant les retraites comme un revenu différé, la réduction reste spectaculaire : l’écart passe de 14 à 3,5.]
Alors, d’où vient la tension dans le débat ? Sans doute du sentiment que le travailpaye moins. David Barroux, journaliste aux Échos, le rappelle : pendant les Trente Glorieuses, on doublait son pouvoir d’achat tous les 15 ans. Dans les années 1980 à 2000, il fallait une carrière… Aujourd’hui, il faudrait 80 ans, et dans un contexte où les générations à venir sont les premières qui n’auront pas de perspective de baisse de leur temps de travail.
Voilà, la France, c’est travailler plus pour gagner moins, mais recevoir plein d’aides de l’État.
Pas ouf ouf comme équation psychologique, non ?
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En tant qu’Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.
N°175 du 24.04.2026 :
Rédactrice en chef : Sophie Combes Rédacteurs : Pierre Girard, Romain Thievenaz, Mathieu Noguès, Chloé Secnazi, Jean Gaboriau Secrétaire de rédaction : Irène Miquel Ont collaboré à ce numéro : Jérémie Viel, Hugues Ménard, Oualid Essaid, Yves Pizay, Marie Guilbart, Carine Lesigne, Paul Puechbroussou, Yoram Bosc-Haddad Directrice de la diffusion :Wendy Röltgen
Kéa, 1er cabinet de conseil français en stratégie et transformation, entreprise à mission depuis 2020