Notre décryptage inédit des grands sujets économiques & sociétaux
Chères lectrices et chers lecteurs, En cette semaine de «on ouvre, on n’ouvre plus, on n’ouvre plus, on ouvre» le détroit d’Ormuz (à dire façon Chantal Lauby dans Astérix), les associés de Kéa délivrent sans encombre (et sans hausse de prix) le Bulletin de cette semaine mais vous annoncent d’ores et déjà que la semaine prochaine, il y aura rupture d’approvisionnement :
Non, le conseil en strat n’est pas mort !
A l’heure où fleurissent les messages/posts annonçant le grand remplacement (oui, là aussi) du consultant par les LLM, ces derniers se révèlent de mauvais conseillers stratégiques. Et nous, on ne cache pas notre joie.
Des chercheurs de trois universités (américaine, européenne et australienne) ont mis à l’épreuve les principaux LLM (ChatGPT, Claude, Mistral, Grok…) afin qu’ils les guident sur des choix d’options stratégiques.
Les tests, effectués sur des milliers de prompts, aboutissent inlassablement aux mêmes orientations stratégiques, quel que soit le secteur ou le contexte.
Les chercheurs montrent en effet que les LLM recommandent systématiquement des stratégies en adéquation avec les tendances du moment et avec les clichés culturels du management moderne : collaboration versus compétition, décentralisation versus centralisation, etc. Pourquoi cela ? L’entraînement des LLM est effectué sur des données qui reflètent les valeurs et les tendances sociétales du moment sur le web. En substance, ils proposent la réponse la plus souhaitable socialement en fonction de la tendance moyenne observée sur le web.
Est-ce qu’avec ça Walmart, Apple, Lego ou Hermès seraient là où ils sont aujourd’hui ?
Nananère les LLM ! Y’a encore beaucoup de travail à faire pour remplacer les dirigeants et leur conseil préféré.
Un sondage de NBC News pointe le nouveau mal qui touche les jeunes : 47 % des 18-29 ans préféreraient vivre dans le passé, notamment à cause de leur rapport anxieux à la technologie. Première lame de fond : les réseaux sociaux. Le psychologue Clay Routledge décrit une forme de nostalgie que ressentiraient les jeunes d’un temps où les réseaux ne dictaient pas les rapports humains. Seconde lame de fond : l’arrivée de l’IA, dont 48 % d’entre eux s’inquiètent. Et pas qu’un peu.
Car l'IA crée une multitude de dettes qui ancrent le mal-être : dette cognitive (refus des tâches compliquées), dette d'autonomie (impression de perdre le contrôle), dette de compétence (impression de perdre des skills), dette de lien social (réduction des interactions humaines), dette de crédibilité, dette d'identité professionnelle (violation des normes de son groupe professionnel, comme la créativité, par exemple). Rien que ça !
Le mal est tellement profond que 44 % d’entre eux avouent avoir délibérément freiné ou saboté des projets IA dans leur entreprise !
Le message est donc clair : déployer l'IA au travail sans tenir compte des enjeux psychologiques, c'est s'assurer de l'échec.
Qui aurait dit que la nostalgie nous viendrait d’un vieux tonton prénommé Claude ?
Depuis 1945, les États-Unis disposent de privilèges exorbitants. Le plus visible d’entre eux, le dollar, imposé comme monnaie mondiale de réserve et d’échange, leur ont permis d’avoir des déficits budgétaires et commerciaux énormes. Cela est tout aussi vrai hors de la sphère économique : ils s’autorisent à appliquer le droit américain au-delà de leurs frontières ; ils jouent historiquement un rôle prépondérant dans les grandes institutions (ONU, FMI, Banque Mondiale) structurant les relations internationales. Ils ont exporté par l’attraction (soft power) ou la contrainte (hard power) leur puissance économique, culturelle et militaire.
En contrepartie, les États-Unis sont tenus de suivre un modèle moral et démocratique exemplaire (les équilibres de pouvoirs, l’indépendance statutaire des agences fédérales, dont la FED, la garantie des droits civiques) et de remplir les devoirs inhérents à leur position dominante, sous la forme d’une participation active à la gouvernance mondiale au sein de l’ONU et de ses agences, l’US Aid, etc.
Tout est soudain liquidé. Et d’une façon qui perdurera au-delà de Trump.
Et, à partir du moment où les devoirs ne sont plus remplis, il faut s’attendre à l’effritement des privilèges corolaires...
MAGA, tu n’as pas bien choisi ton nom.
Partager
1er de la casse
On savait déjà que l’Europe est le continent qui se réchauffait le plus rapidement ; on apprend maintenant que l'hexagone est plus vulnérable au changement climatique que ses voisins.
Pour mesurer l’impact économique du réchauffement, des économistes s’appuient sur les scénarios du NGFS, le réseau des banques centrales qui travaillent à intégrer le risque climatique dans la stabilité financière. Chaque scénario combine plusieurs hypothèses. Le scénario mis en avant, nommé « Disasters and Policy Stagnation », associe ainsi 1) une succession d’événements de sécheresses et de canicules extrêmes et 2) une inertie politique (bienvenue dans notre nouveau système politique embolisé !).
Dans ce scénario, le PIB français chuterait de 7,4 % en 2026, contre 4,8 % en moyenne pour le reste de l’UE, par rapport à un scénario de référence. La raison avancée : la France est considérée comme particulièrement exposée aux « événements secs » via l’agriculture, la construction et les biocarburants. Youhou !
Chaque scénario évalue les risques induis par la transition elle-même (par exemple : l’impact des destructions d’emplois dans les industries qui doivent transformer leur modèle d’affaires pour se verdir). La bonne nouvelle est que, globalement, les risques liés à la transition auront un impact assez limité sur le PIB et le chômage– sauf pour les industries à grande intensité carbone qui sont par nature désavantagées.
Le PIB par habitant aux Etats-Unis est 50 % plus élevé qu’en Europe. Comme dans les années 60. Bam. Voilà la gifle. L’histoire montre pourtant qu‘un rattrapage est possible : nous avions en effet comblé une partie de ce retard pendant les Trente Glorieuses.
Pour Antonin Bergeaud, la voie d’une « Prospérité retrouvée » (titre de son ouvrage de Meilleur Jeune Économiste) passe par une augmentation de la productivité. Cela demande une politique industrielle proactive : miser sur les entreprises (l’État est trop endetté), financer et renforcer notre R&D avec des agences fédérales à l’américaine, orienter notre épargne domestique vers les entreprises par l’union des marchés de capitaux, et enfin, tracer une stratégie européenne distincte de celle de la Chine ou des États-Unis.
Politique industrielle à moyen terme, mais aussi relance de l’effort à court terme par des mesures plus directes : travailler plus, plus longtemps.
Au fond, selon l’auteur, notre pessimisme structurel serait notre faiblesse, notre aversion au risque nous retiendrait de donner des moyens à nos ambitions, créant une culture de la non-décision… qui nourrirait à son tour le pessimisme. Il est formel : le succès se jouera donc au mental.
Et là, on se remémore Bruce Lee« Words are energy, they cast spells/That’s why it is called spelling/ Change the way you speak about yourself, and you change your life.»
NB : Courte vidéo à regarder absolument, dans laquelle Bruce Lee inventait déjà dans les années 70 ce que l’on redécouvre aujourd’hui en psychologie comportementale : notre discours interne façonne ce que nous devenons.
Partager
Vous aimez ce bulletin ? N'hésitez pas à le partager autour de vous.
En tant qu’Entreprise à mission, Kéa a décidé de contribuer à sa manière aux grands sujets économiques & sociétaux et propose un décodage inédit.
N°177 du 07.05.2026 :
Rédactrices en chef : Sophie Combes, Chloé Secnazi Rédacteurs : Pierre Girard, Mathieu Noguès, Jean Gaboriau, Jérémie Viel, Hugues Ménard Secrétaire de rédaction : Marie Guilbart Ont collaboré à ce numéro : Romain Thievenaz, Oualid Essaid, Carine Lesigne, Irène Miquel, Paul Puechbroussou, Yoram Bosc-Haddad, Yves Pizay Directrice de la diffusion :Wendy Röltgen
Kéa, 1er cabinet de conseil français en stratégie et transformation, entreprise à mission depuis 2020